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Le défi : contrer la déforestation

Un projet de reforestation réussi implique davantage que le simple fait de planter des arbres. C’est pourquoi le Projet communautaire de carbone Limay développé par EnRacine tient compte des causes engendrant la déforestation de même que des impacts de celle-ci sur les écosystèmes, les modes de subsistance locaux ainsi que le climat mondial.

Causes de la déforestation au Nicaragua

La déforestation demeure un problème d’une grande complexité qui est intimement lié aux changements climatiques, à l’expansion de la pauvreté de même qu’à la perte de biodiversité. Au Nicaragua, plusieurs facteurs sont responsables de la déforestation, notamment la demande pour les biocarburants ainsi que l’aménagement de terres agricoles et de pâturages.

Apprenez-en davantage sur ces principales causes de la déforestation en cliquant sur les titres ci-dessous.

Pauvreté
Le Nicaragua est le pays le plus pauvre d’Amérique centrale et le plus pauvre des Amériques, après Haïti. Une forte proportion de sa population, soit 40 %, vit sous le seuil de la pauvreté. En 2008, le taux de chômage était de 39 % et le sous-emploi affichait un taux de 46,5 %.

Les personnes pauvres dépendent des ressources forestières afin d’assurer leur bien-être et de générer des revenus. Les forêts constituent une source de biens gratuits tels que les aliments, le carburant, le fourrage et les matériaux de construction. Les forêts fournissent également, entre autres choses, des terres agricoles fertiles et de l’eau douce.[1] Malheureusement, cette situation engendre un cercle vicieux : faute d’une gestion appropriée ou d’autres sources de revenus ou de ressources, les besoins des populations rurales pauvres imposent une énorme pression sur les forêts.

De plus, les riches possèdent une grande proportion des meilleures terres, ce qui force les pauvres à occuper les forêts et les flancs de collines adjacents, où ils pratiquent l’agriculture de subsistance après avoir défriché et brûler la végétation en place (culture sur brûlis). En l’absence d’une planification adéquate, la qualité des terres agricoles diminue et les agriculteurs sont forcés d’investir de nouvelles parcelles.

Les besoins en bois de chauffage
Dans l’ensemble de la municipalité de San Juan de Limay, 95,5 % de la population se sert de bois de chauffage pour cuisiner. Dans les régions rurales, ce pourcentage atteint 99,2 %.

Cette forte dépendance envers le bois de chauffage impose une pression constante sur les ressources forestières avoisinantes, alors que seule une infime quantité de ce bois est produite de manière durable.

Bien que la collecte de bois de chauffage ne mène pas directement à la déforestation, mais plutôt à la dégradation des forêts, les régions ayant subi des coupes forestières illégales sont davantage affectées par la collecte continuelle de bois de chauffage, causant ainsi une déforestation accélérée.[2]

Exploitation forestière
Depuis des décennies, les entreprises forestières détruisent de vastes étendues de la forêt nicaraguayenne aux fins d’exportation, une activité qui ne profite qu’à l’élite du pays.[3] Qui plus est, l’inaccessibilité des zones forestières encore intactes, la rareté des bosquets constitués d’une même espèce d’arbre et l’inefficacité des options en matière de transport ont engendré le déclin de l’industrie légale du bois. Les restrictions imposées en 2006 par le gouvernement afin de préserver les ressources restantes se sont traduites par une interdiction de pratiquer des coupes forestières et un moratoire sur l’exportation de bois. Pas plus d’un an après avoir décrété l’interdiction, les exportations de bois nicaraguayen ont chuté de 93 %.[4]

Depuis, la déforestation a continué de ralentir, mais les coupes forestières illégales demeurent toujours répandues étant donné la forte valeur de certaines espèces d’arbres, particulièrement les essences feuillues.[5]

Agriculture commerciale
L’agriculture demeure l’une des principales causes de la déforestation. L’agriculture commerciale en est particulièrement responsable en raison des coupes à blanc qu’elle nécessite sur de vastes étendues de forêt pour faire place à différentes cultures commerciales – incluant le tabac, les bananes, le café et le sucre – et à l’élevage bovin.[6]

Les produits issus de l’agriculture commerciale constituent 60 % de toutes les exportations du Nicaragua, ce qui génère un revenu annuel d’environ 300 millions de $ US.[7]

Le café est devenu la culture prédominante au cours des années 1990, constituant la principale exportation nationale en ce qui a trait à la valeur. La majeure partie de ce café provient des régions situées au nord du pays, y compris les alentours de la ville d’Estelí.[8]

De vastes étendues de forêt ont été coupées au cours du boum du coton qui a eu lieu durant les années 1960 et 1970.[9] La culture commerciale du coton a atteint son apogée au cours des années 1970, couvrant alors une superficie de 463 000 hectares (soit l’équivalent de 648 200 terrains de soccer). Il faut toutefois noter que ce type de production a poussé les agriculteurs à employer d’importantes quantités de pesticides, rendant la production trop coûteuse et menant à une forte incidence de cancers et de problèmes de fertilité chez ceux-ci. Les pesticides ont contaminé les cours d’eau et les populations de poisson, laissant derrière eux de vastes zones de terres polluées et défrichées. Depuis, l’industrie a périclité jusqu’à atteindre le cinquième de son envergure initiale en seulement une décennie.[10]

Nouveaux pâturages permanents
Au cours des années 1960 et 1970, environ 75 % des forêts du Nicaragua ont été converties en pâturages destinés au bétail.[11] En conséquence du déclin de l’industrie de l’élevage bovin qui a suivi, la majeure partie de ces pâturages est devenue des prairies.[12] Sans l’intervention humaine pour mener à bien la reforestation, le processus naturel de reconversion des prairies en forêts s’échelonnerait sur plusieurs siècles.

Dans la région de San Juan de Limay, les terres sont toujours principalement employées comme pâturage. En raison de la longue durée de la saison sèche et de la rareté de la végétation, les éleveurs bovins doivent défricher de vastes parcelles de forêt. Il faut approximativement 1,4 hectare (soit environ l’équivalent de deux terrains de soccer) pour répondre aux besoins alimentaires d’une seule vache.

Conflits et réforme agraire
Les changements de gouvernements survenus au cours de l’histoire récente du Nicaragua ont causé de fréquentes et radicales réformes agraires. En 1979, le Front sandiniste de libération nationale a renversé le régime de Somoza et « le gouvernement a mis en place des lois protégeant l’environnement, a créé des parcs nationaux, entrepris des programmes de reforestation et banni de nombreux pesticides dangereux. »[13] Les sandinistes ont également mené une réforme agraire sans précédent, donnant plus de deux millions d’hectares de terre à plus de la moitié des pauvres du pays.

« Le taux de déforestation des forêts tropicales nicaraguayennes est passé d’environ 100 000 hectares par année à la fin des années 1970 – le plus haut taux de la région – à 50 200 hectares par année en 1985 – l’un des plus faibles taux [d’Amérique centrale]. »[14]

Toutefois, la guerre entre les sandinistes et leurs opposants, les contras appuyés militairement par les États-Unis, s’est poursuivie jusqu’en 1990 et, suite à la défaite des sandinistes, une grande partie des régions forestières ont été redistribuées aux contras et aux soldats du gouvernement.

Réglementation environnementale affaiblie
Les institutions financières internationales telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont imposé des mesures strictes au gouvernement nicaraguayen alors qu’il rembourse ses dettes extérieures. En conséquence, le gouvernement a dû réduire ses dépenses en effectuant notamment d’importantes coupures dans les programmes en matière d’environnement et dans les mesures visant l’application des lois environnementales.[15]
Activités minières
Les mines à ciel ouvert comme celles retrouvées dans le bassin versant englobant San Juan de Limay font planer de graves menaces sur la santé humaine et sur l’environnement nicaraguayen,[16] dont la déforestation et la pollution de l’eau. Contrairement aux promesses faites par les entreprises minières, la richesse générée par les activités minières n’est pas redistribuée parmi les travailleurs ou les communautés avoisinantes, ce qui rend la situation encore pire.

Impacts de la déforestation sur le climat local

Les répercussions de la déforestation sur le climat local sont lourdes et tendent à exacerber les désastres naturels et les modifications climatiques.

Lisez à propos de ces impacts en cliquant sur les titres apparaissant ci-dessous.

Érosion des sols
Sans les racines profondes des arbres qui contribuent à maintenir les sols en place, les parcelles défrichées sont plus susceptibles d’être érodées ou de subir des glissements de terrain. En conséquence, les fortes pluies et les tempêtes tropicales causent de graves dommages, emportant les sols par lessivage vers les zones situées en contrebas du relief, comme celles occupées par les communautés vivant au pied des montagnes,[17] notamment dans le centre urbain de San Juan de Limay .
Désastres naturels importants
Contrairement aux régions pourvues d’une couverture forestière, les zones défrichées ne sont plus en mesure de résister à la puissance des désastres naturels tels que les ouragans, les glissements de terrain et les inondations.[18] La dégradation des forêts découlant des coupes illégales a constitué un important facteur contribuant aux dommages démesurés engendrés par l’ouragan Mitch en 1998. Les relevés aériens ont révélé que les flancs de montagnes recouverts de végétation ont subi beaucoup moins de coulées de boue et d’effets dévastateurs que les terres agricoles dépourvues de couvert forestier ou les zones d’établissements humains.[19]
Diminution des précipitations
DLa déforestation a d’importantes répercussions sur le cycle de l’eau. Les forêts jouent un rôle crucial dans la prévention de l’absorption excessive de l’eau par les sols ainsi que dans le retour de l’humidité vers l’atmosphère par l’entremise du processus de transpiration. Sans l’intervention de ce dernier processus naturel, la majeure partie de l’eau de pluie ruisselle vers les cours d’eau adjacents, ce qui retarde son retour vers l’atmosphère. Cela se traduit par un régime erratique de précipitations et de sécheresses.[20]
Perte de biodiversité et d’habitats fauniques
La déforestation et la perte d’habitats, particulièrement dans les pays tropicaux, comportent de sérieux impacts sur la biodiversité. Les forêts abritent 70 % des espèces animales et végétales terrestres vivant sur la planète,[21] les forêts tropicales recelant la plus importante diversité biologique.[22]
Variations de température
Sans l’effet protecteur de la canopée des arbres qui filtre les rayons solaires durant le jour et retient la chaleur durant la nuit, le climat subit de fortes variations de température, ce qui est nocif pour les plantes et les animaux.[23]

Impacts de la déforestation et de la dégradation de l’environnement sur les communautés rurales

Si elles permettent d’obtenir des gains économiques à court terme, la conversion des forêts en terres agricoles ou la surexploitation des produits ligneux mènent généralement à une perte de revenus et à une diminution de la productivité biologique à plus long terme. Cela comporte d’importantes conséquences sur la qualité de vie des familles d’agriculteurs ruraux. Apprenez-en davantage sur ces conséquences en cliquant sur les titres apparaissant ci-dessous.

Diminution de la superficie cultivable
L’érosion des sols qui découle de la déforestation mène également à la diminution de la superficie cultivable. En l’absence d’une gestion appropriée de l’utilisation des terres, les zones défrichées se vident rapidement de leurs éléments nutritifs et de leur eau, devenant ainsi impropres à la culture ou à l’élevage du bétail.
Malnutrition
Les sécheresses se manifestent davantage lorsque, sous l’effet de la déforestation, les précipitations sont rendues imprévisibles et réduites. Cette situation affecte à son tour l’irrigation, le rendement agricole et la capacité de charge des pâturages. Les conséquences de cela, notamment pour les agriculteurs de subsistance qui dépendent de leurs terres pour se nourrir, se traduisent par la malnutrition, la famine, la maladie et même la mort.
Manque d’eau
En raison du fait que les arbres contribuent à contrôler la teneur en eau dans les sols et l’atmosphère, la déforestation des flancs des montagnes engendre une diminution des précipitations et une raréfaction des sources d’eau pour les populations vivant dans les basses terres.24
Perte de revenus
De mauvaises conditions de croissance découlant de plusieurs années de dégradation environnementale et d’un manque de financement permettant d’acheter de l’équipement agricole amenuisent les revenus que les agriculteurs agricoles peuvent tirer de leurs activités – pour autant qu’ils en retirent.

Impacts de la déforestation sur le climat mondial

Les arbres et les autres plantes jouent un rôle essentiel : par photosynthèse, ils emmagasinent le carbone dans leur biomasse. Lorsque les forêts sont brûlées, dégradées ou défrichées, non seulement ces réservoirs de carbone sont-ils éliminés, mais du gaz carbonique et d’autres gaz à effet de serre sont également relâchés dans l’atmosphère, contribuant ainsi à exacerber les changements climatiques.

La destruction des forêts, surtout en régions tropicales, est responsable de 12 à 17 % des émissions mondiales de CO2, soit le gaz à effet de serre contribuant le plus aux changements climatiques. Cela représente une quantité presque semblable aux émissions générées par l’ensemble des voitures, camions, bateaux et avions de la planète.

Les traités internationaux tels que la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) reconnaissent notamment que la déforestation dans les pays en développement est responsable d’une grande proportion des émissions de gaz à effet de serre, de même que l’urgence de réduire la contribution de cette source.[25] Cela signifie qu’il faut empêcher que davantage de forêts soient détruites et qu’il est nécessaire de travailler à reboiser les parcelles de terres qui ont été défrichées.

Références

[1] Sunderlin, W. D.; et al. 2008. Why forests are important for global poverty alleviation: a spatial explanation. Ecology and Society. 13(2): 24.
[2] Carneiro de Miranda, Rogo. Deforestation and forest degradation by commercial harvesting for firewood and charcoal in the Pacific region of Nicaragua. Nicaragua. Retrieved 2011-05-31
[3][9][12][13][14] Jeffrey, Paul. When Agriculture & Ecology Compete: The Struggle to Protect Nicaragua’s Wilderness. New World Outlook. numéro de septembre-octobre 2001.
[4] Nicaragua: Timber industry at a standstill. Embassy Managua. 18 May 2009. Retrieved 2 December 2011.
[5][6][8] Nicaragua. “Exports” section. Wikipedia.org. Retrieved 2011-05-31
[7] Nicaragua: General Information. “Economy” section. CentralAmerica.com. Copyright 2008. Retrieved 2007-05-09.
[10][11][18] Environmental Issues in Nicaragua. Foundation for sustainable development. Tel que rapporté par le Pesticide Action Network North America. Retrieved 2011-06-01.
[15] Nicaragua’s Environment: Why Should We Care? Nica Net. Retrieved 2011-10-07.
[16][19] Butler, Rhett A. Nicaragua. Updated 6 Feb 2006. Retrieved 2011-06-01.
[17][22][24] Fiset, Nathalie. Harmful effects of deforestation. Article Sphere. Retrieved 8 June 2011.
[20] Hays, Jeffrey. Rainforest deforestation, fires, cattle and plantations. © 2009. Retrieved 2011-06-0.
[21][23] Deforestation. National Geographic. Retreived 8 June 2011.
[25] REDD Background. CCUNCC. Retrieved 2011-06-02.


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